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Réchauffement climatique : pourquoi ça s’aggrave ?




par Laure Teulières

Dans une sidérante indifférence (étant donné l’ampleur des enjeux !), le GIEC a donc rendu son cinquième rapport. Devenu, hélas, un marronnier comme un autre du système médiatique – et même plus lassant qu’un autre – entre la rentrée des classes et le prix des cartables, la Toussaint et les fleuristes, etc... Pourquoi cette indifférence ? Pour être crédible, la communauté scientifique internationale s’est astreinte à de drastiques règles méthodologiques et à de très prudentes formulations de consensus. Mais le vrai message n’est-il pas de moins en moins audible ? Fait-il encore seulement actualité ? Car le scénario peine à se renouveler. Comme si, d’un rapport à l’autre, la portée des subtils glissement sémantiques qui confirment et durcissent le diagnostic n’était pas perçue. A partir de modèles climatiques établis selon un « très haut degré de confiance », le réchauffement global est désormais reconnu « sans équivoque » et la responsabilité de l’activité humaine « extrêmement probable »... Bientôt, un prochain document nous dira : « extrême degré de confiance », « plus que sûr » ou encore « absolument certain »... Que se passera-t-il entre les deux rapports du GIEC ? Rien. Une « absolument totale » inertie, une « quasi certitude » d’impuissance, une catastrophe chaque jour plus « extrêmement probable » et déjà largement irrémédiable. Mais l’eau monte lentement, le thermomètre bloqué dès aujourd’hui s’affolera demain. Entre les deux, nos sociétés se révèlent structurellement incapables d’agir à temps pour éviter des effets irréversibles sur l’écosphère qui fonde notre vie. Elles réagiront seulement sous pression et en panique lorsque les conséquences systémiques délétères imposeront des modifications profondes, et dévastatrices pour beaucoup de gens.

On va reprocher ce pessimisme... éternel débat. Pas rien, c’est vrai. Le rapport a fait quelques couvertures, soutenu par un discours alarmiste qu’on reprochait il n’y a pas si longtemps à nos associations. Mais dès le lendemain, la même presse et les mêmes émissions s’empressent de relayer les discours sur l’usage tous azimuts des énergies, la priorité absolue d’alimenter la machine économique, les « menaces » sur le diesel ou la nécessité de maintenir la compétitivité du transport routier. Pas rien, c’est vrai, puisque les politiques publiques entonnent désormais le refrain du « développement durable », listent des catalogues de mesures, financent des initiatives de sensibilisation, multiplient commissions et concertations... Une volonté d’affichage, c’est sûr. Quelques mesures intéressantes, souvent prises avec d’autres poussant à l’inverse, dans une complète incohérence. Et dans l’ensemble pas beaucoup plus qu’un rhabillage vert de la logique de croissance qui reste le fond – inattaquable – du problème. Le gouvernement français, volontaire pour relancer à Paris en 2015 une grande conférence internationale sur le sujet, aura fort à faire en France d’ici là pour se rendre crédible. Car pour l’instant, la présidence Hollande après celle de Sarkozy a fait de l’écologie la variable d’ajustement de ses manoeuvres politiques internes et/ou d’une gestion cynique de l’opinion publique. Pas rien quand même, c’est vrai, surtout parce que la société civile, elle, fourmille d’alternatives naissantes, d’expériences de terrain, de propositions... Certes – et les Amis de la Terre en animent, les soutiennent, s’en font constamment l’écho – mais sans que rien de tout cela ne fasse pour l’instant levier. Le constat est sans appel et on se doit de l’avoir présent à l’esprit : les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter comme jamais, les politiques pour les réduire sont en échec. La ruée décomplexée vers les gaz de schiste indique la tendance lourde quand les alternatives demeurent reléguées en marge, ou dans de sympathiques niches.

Notons combien la thématique de « l’adaptation » au changement climatique est déjà là. A juste titre, il le faudra bien. Mais de plus en plus comme l’acceptation d’un processus qu’on pourrait ainsi se permettre de laisser aller. Une lénifiante façon de ne pas lancer les transformations – en effet urgentes et parfois drastiques – qui pourraient éviter le pire (nous avons très probablement déjà dépassé le seuil indicatif des 2 degrés d’augmentation future au delà duquel les scientifiques entrevoient de possibles effets de bascule et d’emballement). Bref, une promesse de bonimenteur de s’adapter demain pour ne rien changer aujourd’hui. Les ténors médiatiques les plus en vue et autres chroniqueurs multi-plateaux sont prompts à dénoncer « l’immobilisme », les « blocages », la « peur du changement », les « égoïsmes » et finalement le « refus du réel » lorsqu’il s’agit des réticences de la population à accepter l’ordre néo-libéral globalisé et le continuel laminage des droits sociaux. Aucun commentaire de ce type pour pointer l’incapacité à faire évoluer nos sociétés à la hauteur de l’enjeu climatique. Car cela reviendrait à toucher aux habitudes du plus grand nombre, aux privilèges d’une minorité vorace et à la multitude d’intérêts particuliers âpres à défendre leurs positions. Surtout, cela imposerait un changement profond de notre univers économique, social, culturel... Qui y est prêt ? Et par où on commence ?


Publié le vendredi 1er novembre 2013.