Thématiques


Agriculture, OGM

Air - Eau

Arbres, sites et paysages

Climat

Communication

Déchets

Décroissance

Energie

Nanotechnologies

Nuisances hertziennes

Risques Industriels

Santé

Société

Transition

Transport

Urbanisme

Le Site national :

Dernière réunion


Jeudi 24 Septembre 2020 : 5G « On n’arrête pas le progrès » Et si on faisait une exception ?


Derniers articles


Lettre ouverte à Jean-Luc Moudenc pour le projet de ferme urbaine des Pradettes


Jeudi 24 Septembre 2020 : 5G « On n’arrête pas le progrès » Et si on faisait une exception ?


Jeudi 10 Septembre 2020 : Le désarmement nucléaire


Du 19 au 23 août 2020 : CAMP CLIMAT TOULOUSE


Un nouveau projet en lieu et place du Grand Matabiau Quai d’Oc


Répression politique à Toulouse : En garde à vue pour une banderole sur sa maison



Scierie industrielle à Lannemezan, pourquoi tant d’opposants ?




Comment le projet d’installer à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) une méga-scierie couplée à un cogénérateur peut-il soulever une telle vague d’oppositions ? Parce que c’est un projet démesuré et dévastateur pour la forêt pyrénéenne de montagne et pour la biodiversité forestière, à contre sens de la transition écologique…

Le projet

Le Projet multi-partenarial « TRIESTE » porté par la société Lannemezan Bois Énergie [1] en partenariat avec la Communauté de Communes du Plateau de Lannemezan (CCPL) consiste à installer une scierie industrielle à Lannemezan couplée à une unité de cogénération bois.

L’implantation se ferait avec le groupe italien Florian [2]. Ce groupe souhaite s’implanter pour se fournir en hêtres prélevés (principalement à ce jour) sur l’ensemble du massif Pyrénéen. Son usine prendrait notamment les « gros et très gros bois de hêtre », c’est-à-dire les arbres potentiellement les plus riches en biodiversité. Cet industriel ne s’installera qu’à condition que les porteurs de projet et leurs partenaires s’engagent à un approvisionnement au portail de l’usine de 50 000 m3/an de bois d’œuvre de hêtre de bonne à très bonne qualité sur une durée de 10 à 15 ans [3].

Pour fournir ce volume, il faudrait couper un volume total de 400 000 à 540 000 m3/an de bois sur pied toutes qualités confondues – sachant que pour 1m3 de bois de bonne qualité à l’entrée de la scierie, c’est entre 7 et 11 m3 qui doivent être coupés en forêt.

Projet industriel intensif sur 15 ans, n’est-ce pas une trop courte durée pour un tel investissement ?

Le temps d’appauvrir la forêt et de mettre en péril les scieries locales et repartir. Le groupe privé prenant peu de risque et engageant peu d’investissement contrairement aux communes de la CCPL.

La méga scierie assurerait aussi les besoins d’une centrale cogénération biomasse

30 000 tonnes de bois par an pour une production de 2,5 MW d’électricité et 7 MW de chaleur. 9 millions d’euros d’investissement pour 18 emplois salariés.

Alors que la question n’est pas : « comment continuer à produire autant d’énergie ? »
Mais : « comment consommer moins d’énergie pour devoir en produire moins ? »

Une surexploitation des hêtraies pyrénéennes avec des risques avérés !

Annonce de la création de 25 emplois salariés à l’usine, MAIS aussi
- Un appauvrissement de la biodiversité
- 400 000 à 540 000 m3 d’arbres abattus par an, plus du triple de l’exploitation forestière actuelle ! Les 2/3 proviendraient des forêts publiques, communales surtout.
- 10 000 camions supplémentaires sur les routes des vallées Pyrénéennes.
- 11 000 000 € d’investissement dont 40 à 60% de fonds publics.
- Absence de débat public ou de concertation des élus. Pas d’avis citoyen.
- Industrialisation intensive, à courte durée, affaiblissant l’économie locale du secteur bois.

Une aberration écologique !

La forêt, un écosystème fragile.
Le bois, une ressource renouvelable, pas inépuisable.

De par sa multifonctionnalité la forêt n’est pas seulement un potentiel de ressources économiques. Elle est aussi un écosystème fragile et essentiel qui abrite la plus grande part de la biodiversité terrestre. Pour remplir cette fonction, il faut protéger l’ensemble des écosystèmes forestiers qui abritent naturellement des espèces animales et végétales dont aujourd’hui 40 % sont menacées d’extinction.

Les "gros" et "très gros" bois en forêt, morts et vivants, sont précieux pour le bon fonctionnement des écosystèmes forestiers, pour la qualité de l’humus et pour le stockage du carbone dans les sols.

Dans les Pyrénées prélever de tels volumes de hêtre déséquilibrerait les écosystèmes propres des forêts du massif pyrénéen, écosystèmes encore en cours de restauration suite aux prélèvements très importants du XIX siècle (pour la métallurgie par exemple).

Les forêts, un patrimoine et un rôle de limitation du réchauffement climatique.

La forêt est un puits de carbone essentiel et c’est un paysage. Elle assure nos ressources en eau.
La forêt est un naturel commun, indissociable de nos vies, un patrimoine à protéger et à défendre.

Les volumes demandés sont tels qu’ils vont au-delà du bois disponible.

Le rapport de l’ONF de 2019 pointe qu’en forêt communale, si 45 000 m³ de bois d’œuvre sont disponibles, seuls 25 000 m³ sont effectivement mobilisables, le reste nécessitant des moyens techniques très coûteux pour les collectivités (création de routes et pistes forestières, exploitation par câble aérien).

Destruction de l’économie locale du bois

L’expérience de ces dernières décennies en matière agricole est explicite quant à la disparition des petites fermes familiales au profit du regroupement en grosses exploitations.

Les millions d’euros d’argent public mobilisés par l’État et le Conseil Régional Occitanie pour un seul groupe pourraient tout autant servir pour les scieries existantes ou pour la création de nouvelles suivant un nouveau modèle d’organisation de la filière, de transformation et d’utilisation locale du bois. Une amélioration qui permettrait un développement économique intégrant la gestion multifonctionnelle des forêts pyrénéennes reposant sur des modèles de sylvicultures pérennes

De l’usage des finances publiques

La Région Occitanie a voté (commission permanente du 26 mai 2020) le financement d’études concernant la planification de la production et de la transformation pour l’installation du groupe Florian. Ce financement de 175 000 € est alimenté à hauteur de 65 000 € par la Région et 75 000 € pour l’État. Ces subventions iront à Lannemezan Bois Energie. Le projet d’installation de la scierie est estimé à 11 millions d’euros (Chiffres CCPL 13 décembre 2019). Le groupe privé Florian n’apportant que 40 % de cet investissement, les 60% restant étant du financement public. Ainsi, le terrain et la création de l’usine seraient financés par l’argent public, l’entreprise fournissant les machines. Autrement dit, les risques de pertes en cas d’échec seront majoritairement supportés par le contribuable, alors que l’entrepreneur limitera ses pertes, voire encaisserait quelques bénéfices. A cela s’ajoute l’investissement public nécessaire pour la création de nouvelles routes forestières et pistes forestières, de nouvelles exploitations par câble. Beaucoup de subventions du Conseil Régional, du département et de l’État qui seront accordées pour aider ce groupe privé.

Le mirage de l’emploi

- Avec un processus industriel très automatisé, Florian emploierait 25 salariés à très faible autonomie et d’une qualité de travail pauvre.Soit 1 salarié pour 2000 m3 de bois scié.
- Les scieries locales présentent un rapport 10 fois supérieur en matière d’emplois.
- On fait aussi miroiter la création de 90 emplois de bûcherons, débardeurs, chauffeurs de camions grumiers. Depuis plusieurs années déjà, la filière bois manque de travailleurs dans ces métiers manuels peu reconnus, pénibles et dangereux (18 morts en France en 2019) et recourt à une main d’œuvre venant d’Europe de l’Est, de pays du Maghreb et d’Espagne. Comment ces métiers locaux manquants aujourd’hui existeront-ils demain ?

Pour plus d’informations, joindre le collectif « Touche Pas à Ma Forêt Pyrénées » qui s’est constitué en février 2020, en opposition à ce projet.

[1Société Lannemezan Bois Énergie dont le président est Bernard Plano, maire de Lannemezan et président de la CCPL, Communauté de Communes du Plateau de Lannemezan. En 2019, la société Lannemezan Bois Énergie remporte, avec son projet de centrale de cogénération bois, le 5ème appel d’offre pour le développement de centrales de cogénération à partir de biomasse. Pour le président de la communauté de communes, les deux projets de méga scierie et de centrale biomasse sont indissociablement liés.

[2Le groupe italien Florian possède 17 scieries industrielles implantées en Italie et en Europe de l’Est où il emploie 1000 personnes. C’est un spécialiste de la transformation du bois dur allant du sciage aux produits finis en chêne et hêtre pour parquets, escaliers ou meubles. En 2019, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires total de 120 millions d’euros.

[3source : Commission Économique de la CCPL du 13/12/2019.


Publié le dimanche 15 novembre 2020.