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Texte de la messe de l’église de la sainte-croissance




Cette messe a été jouée place de la Trinité le samedi 12 mars 2022 à 11h dans le cadre de la semaine du climat inter-associative dite Climarsattaque. Le nombre de participant-e-s a été limité par la pluie, c’est pourquoi nous comptons bien recommencer dans les prochains mois. Avis aux intéressé-e-s !

Grand-messe de l’église de la sainte-croissance

Introduction :

Prêtresse : Mes très chers frères, mes très chères sœurs, nous sommes réunis ici aujourd’hui au moment où des forces rétrogrades et moralisatrices profitent de la publication du deuxième volet du 6ème rapport du GIEC pour saper les fondements de notre merveilleuse civilisation. Ces Amish d’un nouveau genre instillent le doute parmi vous. Ils et elles vous font perdre la foi en la croissance éternelle et en la toute-puissance des solutions techniques. Ils et elles vous font vous poser des questions inutiles qui vous encombrent l’esprit, ces fameuses questions de justice climatique par exemple. Ils et elles instillent la peur avec les modélisations des scientifiques. Ils et elles vous font perdre confiance dans les messages publicitaires et vous êtes de plus en plus nombreux à vous éloigner des temples de la consommation.

Mes très chers frères, mes très chères sœurs, nous sommes ici pour ressouder notre communauté de croyants autour de notre foi en l’hyperconsommation, l’hypermobilité et l’innovation high-tech.

Confessions des pêchés :

Pour commencer cette cérémonie, j’invite celles et ceux d’entre vous qui le souhaitent à venir me confesser leur pêchés de non-consommation, de non-mobilité ou d’abstinence technologique. La déesse croissance dont je suis l’humble porte-parole vous aidera à revenir dans le droit chemin.
Qui veut bien commencer ?

  • Confession de croyante n°1 :

- Grande prêtresse du culte de la croissance, j’ai pêché dernièrement et ma foi commence à vaciller.
- Racontez-moi ma sœur, je suis là pour vous écouter.
- Eh bien voilà : depuis quelques semaines, j’ai découvert que je pouvais prendre l’air sans prendre la bagnole...
- S’aérer sans utiliser la voiture, mmm, votre histoire m’intrigue, continuez...
- Oui, tout près de chez moi il existe des sentiers de randonnée. C’est à peine si je les connaissais avant.
- D’accord, mais vous en aurez vite fait le tour ma sœur !
- Eh bien je n’en suis pas si sûre : figurez-vous que maintenant mon regard a changé, je vois des choses que je ne voyais pas avant dans le paysage, je suis attentive aux chants des oiseaux, aux traces de passage des animaux et je ne me lasse pas !
- Mais ma sœur l’heure n’est plus à la contemplation et encore moins à l’enracinement. Si vos déplacements restent circonscris à un petit périmètre géographique, vous allez devenir plouc. Il vous faut multiplier les expériences, visitez le maximum d’endroits sur Terre.
- Grande prêtresse, c’est que...j’ai des scrupules voyez-vous. Multiplier les voyages ça alourdit mon empreinte carbone. C’est pour cela que je n’ai pas voyagé en avion depuis longtemps.
- Oh ! Mais il ne faut pas penser à votre empreinte carbone voyons, ce n’est pas à vous de vous poser ces questions. Au contraire : accueillez à bras ouverts ce que la société d’aujourd’hui met à votre disposition. Et puis je vais ajouter une chose qui va balayer vos scrupules pour de bon : pensez aux gens de votre entourage qui vous écouteront avec des étoiles plein les yeux quand vous raconterez vos nouveaux voyages. Ils oublieront vite votre empreinte carbone, croyez-moi !
- Vous êtes sûre ?
- Mais oui, retrouvez foi en l’hypermobilité ma sœur.
- D’accord Grande Prêtresse.
- J’appelle un autre croyant.

  • Confession de croyant n°2 :

- Grande prêtresse du culte de la croissance, j’ai des pensées impures : j’envisage de manger beaucoup moins de produits animaux, à commencer par la viande rouge.
- Qui vous a mis ces idées-là dans la tête, mon frère ?
- Personne en particulier, j’ai juste calculé mon empreinte carbone et mon empreinte forêt.
- Votre empreinte forêt ?
- Oui, les produits animaux que je mange ne sont pas bios. Ils sont donc issus d’élevages nourris avec du soja qui peut être issu de terres déforestées en Amazonie.
- Et alors, vous n’allez pas sauver l’Amazonie à vous tout seul, vous ne croyez pas ?
Mais je ne suis pas tout seul à me poser ces questions. Il y a déjà des gens qui sont passés aux actes et ont une alimentation responsable.
- Mais que c’est triste une alimentation responsable ! Enfin vous êtes un bon vivant mon frère non ? L’entrecôte est le plat préféré des bons vivants, pas vrai ? Et puis vous allez sûrement avoir des carences si vous mangez moins de produits animaux ! Vous vous rendez compte de ce que vous allez infliger à votre corps ?!
- Mais il n’y a pas de risques à manger trop de viande justement ? J’ai lu que l’Agence française de sécurité sanitaire...
- Foutaises, tout ça, foutaises, fake news ! Allez, à l’issue de cette grand-messe, je vous invite au MacDo mon frère !
- Ah grande prêtresse, comme je vous suis reconnaissant de m’aider à retrouver mes vieilles habitudes et de renouer avec les traditions françaises.
- Il n’y a pas de quoi. /Une autre personne veut-elle me confier ses pêchés ?

  • Confession de croyante n°3 :

- Grande prêtresse du culte de la croissance, je commence à m’écarter des principes de notre sainte-église de la croissance.
- Dites-moi tout ma sœur.
- Voilà : ça fait plus de deux mois que je n’ai pas acheté un seul vêtement.
- Pourquoi vous priver ainsi ?
- Eh bien justement, vous parlez de privation mais je découvre que ça ne me manque pas tant que ça. Ma frénésie de shopping baisse. Comment retrouver le désir d’acheter ? Vous avez une potion pour cela Grande prêtresse ?
- Une potion non, mais j’ai plus simple que ça. Vous travaillez dans un bureau ma sœur si je ne m’abuse ?
- Oui, c’est exact, ma Grande Prêtresse vous êtes au courant de tout, c’est impressionnant.
- (semblant parler pour elle-même, avec un air machiavélique) Oui, pour guider les gens dans la bonne voie, voyez-vous, il faut que je collecte le maximum d’informations sur eux, que je cerne bien leurs habitudes... je suis Big Sister. (réalisant soudain qu’elle en dit trop sur elle) Mais je m’égare, revenons-en à vous. Donc vous travaillez dans un bureau. Il y a un dress code dans les lieux de travail et faire étalage d’une garde-robe fournie fait partie du dress code du personnel féminin. Vous n’avez pas des collègues qui changent systématiquement de tenue d’un jour sur l’autre ?
- Si en effet.
- Eh bien, imitez-les ! Soyez dans le coup ! On est à l’ère de la fast-fashion : des vêtements nombreux et bon marché. Vous seriez bien bête de ne pas en profiter : achetez, jetez, achetez, jetez et achetez encore ! Et surtout ne réparez jamais vos vêtements !
- Mais ça n’est pas embêtant, tous ces biens qui ne durent pas, on pollue de plus belle en fabriquant du jetable !
- Ma sœur, de même qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs, on ne fait pas de croissance sans gaspiller, vous comprenez ? Vous ne voulez tout de même pas faire du tort à notre déesse croissance, j’espère ?
- Oh non, Grande prêtresse, loin de moi cette idée.
- Alors vous êtes à nouveau prête pour une séance de shopping avec les copines ?
- Oui ma sœur, je crois que la foi revient.
- A la bonne heure. Vous pouvez retrouver votre place. Un autre volontaire ?

  • Confession de croyant n°4 :

- Grande prêtresse, je me demande si je n’enfreins pas le dogme de notre sainte-église.
- Expliquez-moi mon frère.
- J’ai décidé de prendre les transports en commun pour mes déplacements dans l’agglomération, même en soirée.
- En effet mon frère, vous me voyez navrée de vous dire que votre choix est une injure à la déesse croissance. Les transports en commun consistent à mutualiser des moyens de déplacements, c’est beaucoup moins efficace pour le PIB. C’est comme les médiathèques d’ailleurs : toutes les formes de mutualisation des biens sont mauvaises pour la croissance.
- Ah, c’est bien embêtant, parce que d’un autre côté j’émets moins de gaz à effet de serre en prenant les transports en commun. Alors voyez, j’ai un cas de conscience là...
- Ne pensez pas aux gaz à effet de serre, à la pollution et à tout le tralala… Pensez plutôt à vous : quelle contrainte vous vous infligez d’attendre un bus 25 minutes en soirée ! Vous avez une voiture, cet outil formidable de liberté, c’est idiot de ne l’utiliser que de temps en temps, vous ne croyez pas ?
- Je me suis habitué à attendre le bus, j’ai toujours de quoi lire sur moi vous savez.
- Mon frère, j’ai pitié de vous. Que vous preniez les transports en commun pour vous rendre au travail pour éviter les bouchons, passe encore… Mais en soirée, sincèrement ce choix n’est pas digne de votre âge et de votre statut. Vous devez ressembler à un étudiant attardé. Qui prend les transports en commun hors des heures de pointe ? Des jeunes ou des personnes âgées, ou alors des pauvres, bref des gens qui n’ont pas le choix, pas des gens comme vous. (en chuchotant) Et vous avez dû remarquer aussi que si on met de côté les jeunes, les femmes sont plus représentées que les hommes dans les transports en commun.
- Vous avez raison Grande Prêtresse, en soirée et le week-end, il n’y a pas beaucoup de mâles quadra dynamiques comme moi dans les transports en commun.
- En effet, vous n’y avez pas votre place, je vous le dis moi. Prêt pour reprendre le volant ?
- Peut-être bien prêtresse.
- Formidable ! / Est-ce que des personnes sont encore dans le doute parmi vous ?

  • Confession de croyante n°5 :

- Grande prêtresse, je perds l’envie de communier avec les autres membres de mes communautés sur les réseaux sociaux.
- Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude de ramener les brebis égarées dans le troupeau. Comment cela-t-il commencé ?
- Eh bien voilà, j’ai remarqué que je n’arrivais plus à me concentrer plus de quelques dizaines de secondes sur un texte, ça m’a inquiété. Sur les réseaux sociaux, je suis bombardée d’informations décousues, mon cerveau zappe en permanence, n’approfondit rien, ne prend plus de recul. Il y a un lien non ?
- Ecoutez, la capacité de concentration est superflue. C’est normal que vous n’arriviez pas à lire de longes textes : les textes longs sont ennuyeux. Et de toute façon il n’y a pas besoin d’explications approfondies et nuancées pour comprendre le monde, car le monde est très simple : il y a les gens qui vous veulent du mal et les autres.
- Mais il y a autre chose qui me turlupine : les réseaux sociaux m’incitent à regarder beaucoup de vidéos, mais ce n’est pas bon pour le climat ça…
- Mais votre cerveau raffole de cela, vous lui faites du bien : ça le fatigue moins de regarder une vidéo que de lire un texte, un long texte rébarbatif.
- Alors je deviendrais paresseuse du cerveau…
- Ecoutez, vous faites une œuvre formidable en passant autant de temps devant Fakebook...euh pardon devant Facebook : vous offrez votre temps de cerveau disponible. Vous lui donnez votre attention. J’admire votre abnégation ! Et vous augmentez les profits de Fakebook...euh Facebook voulais-je dire.
Grande Prêtresse, j’espère quand même que ce que je lis et vois sur internet est vrai. Mais il y a quand même des fois, quand je ne fais rien et que ma pensée vagabonde, où j’ai une vague impression que ce que j’ai lu ou vu est... invraisemblable ou contradictoire.
- (souriant) Ma soeur, est-ce que la vérité compte ? Vous avez trop lu Descartes dans votre jeunesse… Aujourd’hui on est entré dans l’ère de la post-vérité. (mettant sa main sur l’épaule de son « frère ») La vérification des faits, la plausibilité, ça ne compte pas ! Tout récit sans fondement est une vérité alternative que vous pouvez vous délecter de partager avec un petit cercle d’initiés. Allons ma soeur, allez rejoindre votre communauté virtuelle.
- Bien Grande Prêtresse.
- Je peux encore écouter l’un ou l’une d’entre vous.

  • Confession du croyant n°6 :

- Grande Prêtresse, je crois que je suis tenté…
- Tenté de quoi, mon frère ? N’ayez pas honte, parlez en toute liberté.
- Je suis tenté de prendre en considération mon empreinte carbone dans mes choix de vie, si bien que je n’ai plus envie de faire construire un pavillon en pleine campagne. 
- Mais le pavillon c’est l’emblème du French Way of life.
- Peut-être, mais c’est une façon d’habiter qui favorise l’usage de la voiture et qui consomme beaucoup de sols : ce sont des émissions de gaz à effet de serre en plus et des puits de carbone en moins…
- Ne vous inquiétez pas pour ça, on trouvera bien un moyen miraculeux de séquestrer tout le dioxyde de carbone en trop dans l’atmosphère. Des gros cerveaux réfléchissent à ce genre de problème à longueur de journée.
- Mais justement, ça fait longtemps que des ingénieurs réfléchissent à ce genre de solutions techniques mais aucune solution miraculeuse n’a été trouvée jusqu’à présent.
- C’est vrai mais il faut garder confiance mon frère, ayez confiance dans le génie humain ! Et revenons à nos pavillons : vous risquez de passer pour un looser auprès de votre entourage : vous allez bientôt avoir 35 ans. A cet âge-là, qui n’a pas construit sa maison, n’a pas deux enfants, un chien, une piscine et un barbecue a raté sa vie, non ?
- Euh, je ne sais pas…
- Eh bien faites un sondage auprès de vos collègues, vous allez voir.
- Bien Grande Prêtresse.

Prières :

Prêtresse : Mes très chères frères et sœurs, vous avez été nombreux à avoir besoin de vous confesser et cette cérémonie touche bientôt à sa fin. Toutefois avant de nous séparer, prenons le temps de prier ensemble pour retrouver la foi et ressouder notre communauté.

Tout-e-s, les bras au ciel, récitent cette parodie du credo catholique : Notre Grand PIB, qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne s’étende, que la volonté du marché soit faite sur la terre comme dans les océans. Donne-nous aujourd’hui la croissance éternelle, pardonne notre sobriété comme nous pardonnons à ceux qui n’ont pas dépensé et ne nous soumet pas à la tentation de ne pas te servir.

Prêtresse : Oui, mes très chers frères, mes très chères sœurs, n’oubliez pas que vous êtes les serviteurs de la croissance, et non l’inverse. Continuons à prier ensemble.

Tout-e-s : Je crois en la croissance éternelle et infinie, en la toute-puissance de la technique pour conjurer la finitude du monde.
Je crois que l’économie est au-dessus des lois de la nature, au-dessus des lois de la physique.
Je crois en la croissance verte et en l’économie dématérialisée.
Déesse croissance, délivre-nous de toute tentation de mesurer le bien-être d’une société autrement que par le PIB.

Prêtresse : Que la sainte-trinité : surconsommation, hypermobilité et innovation hig-tech soit toujours avec vous.

Croyants : Et avec votre absence d’esprit.

Prêtresse : Bien, vous avez retrouvé foi en la croissance. Je déclare cette cérémonie terminée.


Texte : Pauline Roy (adaptation très libre du texte de la messe de l’église de la très sainte-consommation écrit originellement par les Casseurs de Pub)


Publié le lundi 7 février 2022.