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Les réserves de substitution trompent énormément




Par Karine Wallerand.

Dans la nuit du 8 au 9 Août, des individus masqués ont vandalisé deux « méga-bassines » en Vendée. Ce geste a été revendiqué par un collectif de « jardiniers, pêcheurs et amoureux des cours d’eaux » dans un communiqué affirmant : « les méga-bassines sont les pansements d’une agriculture en bout de course ».
Dans un article relativement long, France 3 région Pays de Loire réussit l’exploit de relayer « les condamnations unanimes du monde agricole » mais en se limitant aux seuls représentants de la FNSEA, sans interroger les membres de la Confédération Paysanne, opposée au développement des bassines, ni donner les raisons de ce geste de vandalisme. Même son de cloche du côté de « la Nouvelle République ».

Le bon sens paysan…

Ne reculant devant aucun sacrifice, les « reporterres » de la Feuille Verte ont mené l’enquête : pourquoi tant de haine envers les bassines qui, selon leurs thuriféraires, seraient frappées du « bon sens paysan » en stockant l’hiver « les pluies diluviennes qui surviennent en plein hiver quand votre nappe phréatique est pleine » pour reprendre les termes de notre ancien ministre de l’agriculture, Julien de Normandie.

… et les réserves de substitution

Pour commencer, qu’est-ce qu’une méga-bassine ? C’est le nom utilisé par les détracteurs des « réserves de substitution » pour désigner de gigantesques étendues de terres agricoles de 10 hectares en moyenne, bordées de digues de 10 à 15 mètres de hauteur, recouvertes de bâches plastiques et remplies d’eau, soit environ 80 piscines olympiques. Avez-vous déjà vu une piscine olympique se remplir toute seule grâce aux pluies, fussent-elles « diluviennes » ? Non ? Alors, 80 piscines olympiques encore moins : l’eau des méga-bassines est en réalité pompée dans les nappes phréatiques qui, cet hiver, étaient bien loin d’être « pleines ».

L’eau des méga bassines, pour qui ?

Or, 20 à 60% de cette eau retenue dans les méga-bassines s’évapore selon Christian Amblard, directeur de recherche honoraire au CNRS. La nouvelle question devient donc : pourquoi stocke-t-on cette eau en surface où elle s’évapore en recourant à de gigantesques et coûteuses installations qui artificialisent les sols alors que l’eau pourrait être directement pompée dans la nappe quand le besoin s’en fait sentir ? La réponse est venue cet été : lors des sécheresses estivales, des restrictions préfectorales interdisent aux agriculteurs le pompage dans les rivières et les nappes phréatiques mais pour l’eau « pré-pompée » des bassines, point de restrictions... [1] Il y a les agriculteurs qui ont accès à l’eau des bassines : 4% des agricultures dans la Vienne [2], 5% dans le Marais Poitevin2 et les autres qui ne pourront plus compter sur une nappe phréatique à sec, préalablement pompée par une minorité. L’eau des méga-bassines sert principalement à irriguer les cultures de maïs à destination de l’élevage ou de céréales, notamment pour l’exportation. Cette eau manque cruellement dans nos cours d’eau qui connaissent des assecs meurtriers pour la faune et la flore.

L’eau, bien commun ?

Or, c’est l’État qui finance ces ouvrages jusqu’à 70%, qui fournit les autorisations nécessaires à leur construction et qui les protège à grand renfort de déploiements policiers. L’État organise le contournement de ses propres lois au profit d’une minorité qui accapare et gaspille l’eau. Déjà déployé dans quelques régions « test », le projet à terminaison prévoit de couvrir le territoire métropolitain de ces méga-bassines [3]. Face à ce système fou, une riposte efficace et déterminée s’organise. L’association « Eau Secours 31 » qui lutte localement pour une gestion démocratique de l’eau et Les Amis de la Terre Midi-Pyrénées ont participé en avril dernier au « Printemps Maraichin » à La Rochenard dans le Marais Poitevin. Cet événement avait pour objectif d’informer sur ces projets de privatisation de l’eau que ce soit pour l’industrie des eaux minérales, du ski ou de l’agriculture intensive et de fédérer les luttes autour d’une gestion démocratique, juste et écologique de l’eau. De très nombreuses associations et citoyens avaient fait le déplacement.
Ce fut l’occasion de riches échanges, notamment sur les stratégies de luttes développées par les différents collectifs. Les méga-bassines seront peut-être la goutte d’eau qui fera déborder le vase de la contestation pour amorcer un cycle de victoires.


Publié le mardi 4 octobre 2022.