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TOULOUSE (toujours ?) explosive




par Alain CIEKANSKI et Rose FRAYSSINET

Depuis la 1ère guerre mondiale

Pendant la première guerre mondiale, l’ensemble de la zone qui comprend l’île du Ramier, les Oustalous, le site d’AZF (ex ONIA), Tolochimie, les zones du Chapître et de Thibaud, les Sables d’Auzin, jusqu’au voisinage des sources de Clairfont, appartenait à l’Armée. Une vaste usine y employait plus de 30 000 salariés et produisait poudre et explosifs en tout genre. A la fin de la guerre, la demande en explosifs a fortement chuté. La poudrerie, dite de BRAQUEVILLE, s’est retrouvée avec d’énormes stocks de nitrocellulose, appelée aussi coton poudre, fulmicoton, poudre B ou poudre sans fumée : les Américains qui soutenaient l’effort de guerre des Français en avaient expédié des quantités astronomiques arrivant à Toulouse, loin du front, par trains entiers. Cette nitrocellulose a alors été stockée, principalement dans 4 ballastières (étangs) entre la Saudrune et la Garonne, à l’entrée Sud de Toulouse (à proximité immédiate du site AZF et maintenant à 500 m de l’Oncopôle). Ces ballastières avaient été créées pour en contenir théoriquement de 50 000 à 100 000 tonnes. Dans les années qui ont suivi, la presse a relayé très rapidement les craintes des spécialistes et des Toulousains. Elle titrait qu’il y avait sur site « suffisamment de poudre pour faire sauter tout le Département », ou bien s’inquiétait du risque d’empoisonnement des sources de Clairfont qui alimentaient Toulouse en eau potable.

En Novembre 2001, deux mois après la catastrophe d’AZF, le Préfet de Région alors en poste a témoigné à la Commission d’Enquête Parlementaire sur la sécurité des Installations Industrielles : « C’est un dossier que je connais bien car il me préoccupe vivement (…). J’ai d’ailleurs eu l’occasion, sur ce sujet, d’organiser plusieurs réunions de travail, y compris à Paris, au ministère de la Défense… »

Urgence à ne rien faire ?

La Direction Générale des Armées (DGA) a toujours estimé que la nitrocellulose est inerte et ne pose aucun problème de sécurité tant qu’elle est sous l’eau : il est urgent de ne rien faire !

Or, la nitrocellulose est un produit extrêmement dangereux. Dans certaines conditions elle est même auto-inflammable. De nombreux et graves accidents ont eu lieu.

En France : en rade de Toulon en 1911 ou à Bergerac entre les deux guerres mondiales et en 2011.

Ailleurs : à Texas City (USA) en 1947, à Bombay (Inde) en 1944, la ville de Halifax (Canada) a été quasiment rasée en 1917.

Dans les jours qui ont suivi la catastrophe AZF, des anciens salariés du site nous avaient alertés : « des caisses d’explosifs ont été balancées dans l’eau à partir de barges dans les ballastières, ou ont été enfouies dans les zones avoisinantes du Chapitre et de Thibaud…, mais aussi au terrain militaire du Fauga. Une simple butte de terre leur servant alors de sécurité… »
Les Amis de la Terre avaient immédiatement relayé ces informations dans les instances où ils siégeaient, en particulier au SPPPI, Secrétariat Permanent pour la Protection des Problèmes Industriels. Nous avons aussi alerté la presse que ces ballastières étaient à l’abandon, non sécurisées et que l’accès à la nitrocellulose y était libre. Nous avons organisé des visites de plusieurs heures avec des journalistes (presse, radio et télévision)… ce qui aura eu pour effet de faire clôturer sérieusement le site, puis de le sécuriser avec des pompes pour que la nitrocellulose soit toujours sous l’eau même en cas de grave sécheresse…

Le directeur de Grande Paroisse (alors propriétaire du site avant de le restituer à la DGA), avait alors déposé une plainte contre nous et plusieurs journalistes pour y être entrés sans autorisation. Quelques années plus tard, cette plainte a été classée sans suite par le procureur.

Dans les années 90, les Amis de la Terre avaient dénoncé en vain la montée en puissance du pôle chimique de Toulouse qui constituait une « véritable bombe » au cœur de la ville, par son développement sur ces anciens terrains militaires. 10 ans après AZF, nous avons eu malheureusement raison : à Toulouse, le 13 décembre 2011, dans l’entreprise de carton Saica Pack située dans la zone du Chapitre, un incendie s’est déclaré suite à une explosion. Selon Maurice Barate, directeur de cabinet du préfet de Haute-Garonne, elle serait due à de petits bâtonnets de nitrocellulose contenus dans les sous-sols qui « proviendraient des anciennes activités de la poudrerie de Braqueville, qui a occupé le terrain durant de très longues années »… Comme nous l’avions annoncé et malgré les démentis de la Direction Générale des Armées, les sous-sols du site renferment effectivement de la nitrocellulose.

Dépolluer, oui ! mais comment ?

Une expérience malheureuse de dépollution des ballastières avait été menée entre 1973 et 1975. La nitrocellulose extraite était brûlée à l’air libre en dégageant un panache de NOx (oxydes d’azote : gaz irritants), visible depuis la RN20. L’entreprise ayant fait faillite avant la fin de son chantier, la nitrocellulose était restée en place. On ne se souciait à l’époque ni d’environnement ni de la santé des riverains. Aujourd’hui la DGA prétend qu’il resterait moins de 5000 tonnes de nitrocellulose au fond de l’eau.

Vendredi 13 janvier 2017, le Premier Ministre Bernard Cazeneuve a déclaré « qu’il allait demander au Ministère de la Défense, propriétaire de ces ballastières, que les travaux de dépollution soient engagés avant fin 2022 »…

De nombreuses questions se posent :
- Quelle crédibilité accorder à cette annonce intervenant à quelques semaines d’une fin de mandature, et qui serait engagée après la fin du mandat présidentiel à venir ?
- Quelle technologie sera utilisée pour détruire cette nitrocellulose et dépolluer le site ?
- Incinération sur site ou hors site ?
- Ou bio-remédiation par bactéries, sachant qu’il faut stabiliser 1 kg de nitrocellulose avec 9 kg de sable ?
- Doit-on transporter la nitrocellulose par 150kg dans l’eau et dans des fûts de 220 litres pour incinération à Angoulême ?
- Il faudra traiter la nitrocellulose mélangée à la vase des ballastières, ce qui représentera plus de 120 000 tonnes à dépolluer.

Une zone Seveso provisoire devra être créée à proximité immédiate des fenêtres de l’Oncopôle, à la grande inquiétude de ses salarié-e-s.

Quel est le coût prévisionnel de cette dépollution ? Quels seront les calendriers d’enquête publique, de phase de test, des travaux de dépollution ? Quel impact sur le projet de téléphérique ? Quelles garanties de préservation de l’environnement ?

Paradoxe

Ces ballastières sont dans un cadre naturel exceptionnel.
En bordure de Garonne, elles sont dans une zone verte naturelle doublement protégée : en tant que site d’intérêt communautaire (SIC) au titre de la directive « Habitats » de Natura 2000, et par un classement en zone de protection spéciale (ZPS), au titre de la directive « Oiseaux » de Natura 2000, d’une zone limitrophe au sud.

Laissées à l’abandon, de riches faune et flore s’y sont installées, dont des espèces protégées : des orchidées (Orchis Vanillée), des Grenouilles agiles (renata dalminata, appelées aussi « pisseuses » : c’est leur moyen de défense !), des milans noirs, des libellules bleutées (Agrion de Mercure)…

Comme nous le disions déjà en 2010, la DGA depuis qu’elle a repris le site en 2004, est plus prompte à protéger la riche faune et flore qu’à dépolluer les ballastières.

Quoi qu’il en soit, il est de notre devoir de réhabiliter, voire de dépolluer ce site qui aura alors pour vocation de renforcer la trame verte et bleue du Sud de l’agglomération toulousaine.


Publié le jeudi 20 avril 2017.