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Autoroute Toulouse-Castres : désinformation jusque sur Arte !




par Pauline Roy

Clément Beaune, Christophe Ramond et peut-être d’autres responsables politiques sèment la confusion dans les esprits au sujet des recours contre l’autoroute Toulouse-Castres. Ils sont aidés en cela par de nombreux journalistes qui relaient leurs propos de façon bête et disciplinée, au point de parfois aggraver leurs mensonges par simple manque de rigueur... En voici un exemple édifiant qui relate aussi plus largement la désinformation sur le sujet. Il concerne l’émission « 28 minutes mag » sur Arte et plus précisément la formule « Le club » du vendredi où les invités (journalistes, essayistes ou encore chercheurs médiatiques) sont amenés à parler de tout un tas de sujets dont ils ne sont pas spécialistes.

Le 27 octobre dernier l’autoroute Toulouse-Castres faisait partie des sujets traités. La chroniqueuse Valérie Brochard a d’abord exposé le sujet en indiquant que le ministre des transports, Clément Beaune, avait déclaré que « tous les recours avaient été déboutés ». Or non seulement Clément Beaune a seulement dit que les référés-suspension avaient été rejetés mais même cela est faux. En effet il reste trois recours en instance à ce jour « non spécifiques » concernant les autorisations environnementales :
 le recours en annulation contre l’autorisation environnementale du segment Toulouse-Verfeil (A680)
 le recours en annulation contre l’autorisation environnementale du segment Verfeil-Castres (A69)
 l’appel du rejet du référé-suspension concernant l’autorisation environnementale de l’A 69.

Il faut y ajouter 3 recours déposés sur le non-respect du périmètre d’exclusion pour le site classé au château de Maurens-Scopont, que l’on peut regrouper en un seul, ainsi qu’un recours en annulation contre l’autorisation environnementale déposé par ATTAC Tarn ayant spécifiquement pour objet la mise en danger de la santé des riverains.

Par ailleurs, Valérie Brochard a décrit une opposition entre « la communauté formée autour de Thomas Brail » d’une part et « les élus qui poussent pour que le projet aboutisse » d’autre part. Or la réalité est bien plus complexe : Thomas Brail n’est pas un gourou, l’opposition au projet a commencé bien avant son occupation des arbres, et on compte de nombreux élus locaux opposés au projet, à tel point que plus de 300 élus du Tarn et de la Haute-Garonne ont signé la tribune « Ménageons nos territoires : non à l’A69 ! », publiée sur le club de Médiapart. Une commune du Tarn (Teulat) fait d’ailleurs partie des co-requérants. Même le président du Conseil Départemental de la Haute-Garonne, Sébastien Vincini, a appelé indirectement le gouvernement à revoir sa position (voir cet article sur le site de France Bleue).

Après l’exposé de Valérie Brochard, Géraldine Woessner a pris la parole. On a alors assisté à un déluge de contre-vérités et de mauvaise foi. Je commente ci-après des verbatims :

1) « le projet a été validé, re-validé, re-re-validé » 
Qu’est-ce qu’elle veut dire par là ? Je ne connais pas de procédure de « re-validation » ni de « re-re-validation » !

2) « les autorités environnementales ont parlé »  
L’Autorité Environnementale (il n’y en a qu’une) s’est prononcée au cours de l’instruction de l’autorisation environnementale mais sûrement pas pour donner un blanc-seing au projet ! Au contraire, elle l’a jugé « anachronique » et a estimé que la solution de l’aménagement de la nationale existante n’avait pas été suffisamment étudiée. Par ailleurs le Conseil National de Protection de la Nature a donné un avis défavorable. L’Office Français de la Biodiversité s’est montré très critique aussi (notamment s’agissant des mesures proposées de compensation des zones humides), et les comités locaux de l’eau ont formulé de lourdes réserves. Tous les avis sont consultables ici.

3) « tous les recours ont été purgés »  
C’est absolument faux (cf supra).

4) « c’est la loi de la majorité »  
Comment détermine-t-elle cette majorité puisqu’il n’y a eu aucun vote sur le projet ?

5) « Thomas Brail est arrivé sur le tard »  
Que sait-elle du parcours militant de Thomas Brail et quand bien même, en quoi une éventuelle implication depuis « seulement » deux ans serait-il de nature à disqualifier sa lutte ? A cette remarque Valérie Brochard lui a quand même rappelé qu’il y avait des associations impliquées avant lui…

6) « très peu [d’associations] » , « quelques dizaines de personnes, c’est dix personnes La Voie est libre »  
Les réunions de La Voie est Libre (LVEL) rassemblent non pas dix mais entre trente à soixante personnes et les soutiens déclarés dépassent mille personnes ; mais surtout, l’opposition « structurée » au projet ne se réduit pas à LVEL, et ce d’autant plus que LVEL n’est même pas une association mais un collectif. Pour se donner une idée du nombre de personnes que représente l’opposition « structurée » au projet, il faut compter a minima les adhérents des associations ou syndicats locaux co-requérants (La Confédération Paysanne – la fédération - , La Confédération Paysanne de Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon, La Confédération Paysanne de Haute-Garonne, La Confédération Paysanne du Tarn, France Nature Environnement Midi-Pyrénées, Nature en Occitanie, Agir pour l’Environnement, ATTAC Tarn, l’Union Protection Nature Environnement du Tarn, Village Action Durable, Le Groupement National de Surveillance des Arbres et bien sûr Les Amis de la Terre Midi-Pyrénées). A cela il faut bien sûr ajouter tous les élus opposés au projet et qui dépasse la liste des signataires de la tribune mentionnée ci-dessus [1] . Enfin, des sympathisants de la cause s’expriment simplement par voie de pétition ou de manifestation. La dernière en date, « Ramdam sur le macadam », a rassemblé près de 9000 personnes d’après les comptages des journalistes du Tarn Libre et de la Voix du Midi (ce dernier journal a d’ailleurs noté, dans son numéro du 27 octobre, que la préfecture avait fortement minoré le nombre total de manifestants et gonflé le nombre d’éléments « radicaux »).

7) «  [La Voie est libre] est constituée de gens dont les terres ont été impactées par le projet », « ils les ont vendues, c’est réglé »
Là c’est du grand n’importe quoi, car ce n’est même pas cohérent ! Je ne peux pas appeler ce genre de propos autrement que de la pensée magique.

Et Géraldine Woessner a pu déverser toutes ces contre-vérités et énormités en étant contredite une seule fois !

[1Il faut par exemple y ajouter Gilbert Hébrard, conseiller municipal de Vendine, conseiller départemental et président du Pôle d’Equilibre Territorial et Rural du Pays Lauragais, qui a pris publiquement position plusieurs fois dans les médias contre le projet, ou des élus municipaux du bassin de vie Castres-Mazamet qui n’osent pas prendre position publiquement contre le projet pour limiter les tensions avec le reste de l’équipe municipale. Véridique... J’en connais au moins une - qui est adjointe - dans ce cas.


Publié le lundi 30 octobre 2023.