Le 8 septembre 2011 à Viviez (Aveyron), l’Institut de veille
sanitaire (InVS) a rendu publics les résultats définitifs de
l’évaluation des conséquences de l’exposition des habitants au
plomb, au cadmium et à l’arsenic, menée en 2008 après que le
nouveau propriétaire de l’usine UMICORE ait proposé en 2006 la
dépollution partielle de son site industriel. Que ce soit à cause des
rejets atmosphériques ou en lien avec les déchets produits,
stockés, déplacés, ces activités lourdes ont généré une pollution
très importante des sols et des cours d’eau. L’impact sur
l’environnement est visible : environ 2 millions de tonnes de
résidus sont stockées à l’air libre ou en bassins fermés. Huit zones
polluées dites industrielles (propriété de la fonderie ou utilisées
par elle) ont été identifiées dans le cadre du dossier de demande
d’autorisation et sont donc susceptibles d’être sources de pollution
pour l’ensemble de la commune, soit parce qu’elles sont drainées
par des cours d’eau, soit parce qu’elles sont soumises aux vents et
au ruissellement des eaux de pluies, soit encore parce qu’elles
sont fréquentées.
L’étude d’imprégnation au plomb, cadmium et arsenic de la
population de Viviez et Le Crouzet est disponible sur le site de
l’InVS, en voici une synthèse :
« Les sols de la commune présentent en effet une pollution au
plomb, au cadmium et à l’arsenic liée à 150 ans d'activité
industrielle (fonderie de zinc) :
Les concentrations moyennes dans les sols de Viviez/Le Crouzet
sont en effet pour le cadmium 20 fois supérieures, pour le plomb,
5 fois supérieures, pour l’arsenic 3 fois supérieures, aux valeurs
d’une commune non exposée (Montbazens). Les végétaux sont
aussi contaminés. Pour le cadmium, la moitié des analyses son
non-conformes à la valeur règlementaire européenne. L’eau de
puits et les cours d’eau sont également impactés.
L’étude menée en 2008 par l’antenne régionale de l’InVS
(Cellule interrégionale d’épidémiologie) avec l’Agence régionale
de santé en région Midi-Pyrénées (ex-Ddass de l’Aveyron) avait
pour objet de mesurer l’impact sur la santé de la population
exposée à ces polluants. Parmi les adultes de cette commune
n’ayant jamais été exposés à ce polluant dans le cadre de leur
profession, 22 % ont une cadmiurie supérieure à 1 μg/g de
créatinine, ce qui est considéré comme une imprégnation
excessive et entraîne un risque d’atteinte du rein. Parmi ces
personnes surimprégnées au cadmium, 19 atteintes rénales ont
été dépistées à Viviez et aucune à Montbazens (commune proche
non exposée aux polluants). La consommation de produits locaux
(fruits, légumes, œufs, volailles, lapins) et l’exposition aux
poussières des sols pollués pourraient être à l’origine de cette
surimprégnation. Aucun cas de saturnisme (intoxication au
plomb) n’a en revanche été dépisté à Viviez. L’exposition
environnementale à l’arsenic n’engendrait pas non plus de
préoccupation sanitaire.
Au vu de ces résultats, l’InVS a exposé les principales mesures
envisageables pour réduire ces expositions et en limiter les
conséquences sur la santé des habitants :
- le traitement des sols des jardins privés et des espaces publics
de la commune ;
- le suivi médical de la population de Viviez en proposant
notamment des dosages de cadmiurie et une prise en charge
médicale aux habitants qui le nécessitent.»
En attendant que les autorités locales et nationales fassent le
nécessaire et surtout se mettent d’accord, des recommandations
sont proposées par l’InVS, aux habitants :
« - réduire la consommation de produits locaux (végétaux et
animaux) et proscrire la consommation d’eau de sources privées
(puits) ou locales ;
- ne pas utiliser l’eau des cours d’eau ou des puits pour
l’irrigation et arrosage des jardins privés et potagers ;
- accentuer l’hygiène des mains et de l’habitat : laver
régulièrement les sols à l’aide de serpillère humide, nettoyer les
jouets des jeunes enfants, surveiller les jeunes enfants afin de
limiter le portage main-bouche, se laver régulièrement les mains,
choisir des matériaux pour sols et murs qui ne retiennent pas la
poussière, nettoyer les combles. »
Ce que l’on apprend dans l’étude est édifiant : cette pollution,
mise en évidence dès 1970, continue à être relevée par le réseau
de surveillance de la qualité des eaux du littoral car les huîtres
sauvages de l’estuaire de la Gironde présentent des
concentrations de cadmium dans leurs tissus mous ! Au
total, le territoire de Viviez fortement pollué aux métaux lourds,
ses habitants menacés dans leur santé, et une contamination
disséminée par les cours d’eau et les nappes
d’accompagnement jusqu'au déversoir du bassin de la
Garonne !
Rose Frayssinet